Hydrogène décarboné en usine : usages réalistes, potentiels et limites #
Hydrogène décarboné : définition, modes de production et distinction avec l’hydrogène fossile #
L’État français définit l’hydrogène décarboné comme un hydrogène dont la production et l’utilisation permettent d’éviter au moins 70 % des émissions de CO₂ par rapport à une production à partir de sources fossiles. Nous parlons donc d’un critère d’intensité carbone sur l’ensemble du cycle de production, qui tient compte du mix électrique, des procédés et, le cas échéant, du captage-stockage de carbone (CCS). Cette définition encadre les dispositifs de soutien public et les contrats de long terme entre producteurs d’hydrogène et industriels.
Pour structurer les choix technologiques, les autorités et les grands énergéticiens distinguent plusieurs couleurs ? d’hydrogène, au-delà du marketing :
- Hydrogène gris : produit par vaporeformage du méthane ou d’autres hydrocarbures, sans captage de CO₂, avec des émissions typiques de 10 kg de CO₂/kg H₂ et, dans certains cas, jusqu’à 20 kg de CO₂/kg H₂ dans le mix européen moyen.
- Hydrogène bleu : identique dans le procédé de base au gris, mais avec intégration de captage-stockage de carbone, ce qui permet de réduire significativement, mais pas totalement, l’empreinte carbone, avec des performances très dépendantes du taux de capture et de l’intégrité des stockages.
- Hydrogène vert : issu de l’électrolyse de l’eau alimentée par une électricité renouvelable (éolien, solaire, hydraulique), avec des émissions qui peuvent descendre autour de 1,6 kg CO₂/kg H₂ selon les études, en fonction du profil de production.
- Hydrogène bas carbone : produit par électrolyse alimentée par une électricité faiblement carbonée, comme le mix français dominé par le nucléaire et l’hydraulique, avec des intensités autour de 2,8 kg CO₂/kg H₂, nettement inférieures à celles du mix européen moyen.
Le cœur technologique de la production d’hydrogène décarboné repose aujourd’hui sur l’électrolyse de l’eau. Le principe est relativement simple d’un point de vue physico‑chimique : nous dissocions la molécule d’H₂O en hydrogène (H₂) et oxygène (O₂) en appliquant un courant électrique sur des électrodes séparées par un électrolyte. Le procédé ne consomme pas directement de combustibles fossiles, mais il transfère les émissions éventuelles vers le secteur électrique. D’où une exigence centrale : sans électricité décarbonée, l’hydrogène n’est pas décarboné.
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Le parc électrique français, porté notamment par EDF et d’autres acteurs, affiche un mix à environ 95 % décarboné en production, grâce au nucléaire et à l’hydroélectricité. Cela confère un avantage comparatif majeur pour la production d’hydrogène bas carbone en France, par rapport à des pays dont le mix reste très carboné. Sur le plan des technologies d’électrolyse, les industriels comme NEL Hydrogen, Thyssenkrupp Uhde Chlorine Engineers ou